Phagocyté, cannibalisé par la grande surface Paris Saint-Germain et ses annexes Lyon et Marseille, le ventre mou de la Ligue 1 vit dans l’ombre des projecteurs, éconduit de cette formule mégalo du grivois Leon Zitrone  :  «  Peu importe que l’on parle de moi en bien ou en mal, l’essentiel est qu’on en parle  ». Combien connaissons-nous de joueurs à Nantes, à Caen  ? Euh  ! Pas beaucoup. Dire du bien de notre “middle class” est impossible, alors faisons leur plaisir et disons du mal. La souffrance que l’on peut éprouver pour le football à regarder le multiplex des cinq matches du samedi soir –à priori les moins intéressants- est insupportable, le passionné moyen fait forcément la grimace devant un spectacle presque barbare, il n’y a que les amateurs de paris sportifs qui peuvent sourire s’ils ont coché des 0-0, un score qui a la cote. Souvent, à la mi-temps, il n’y a d’ailleurs aucun but marqué, ce n’est pas une farce mais la triste réalité des chiffres. Après la 35ème journée, ils n’y a eu que 654 buts d’inscrits (1 de moins que l’an passé), record d’Europe. Qu’on se trouve au Sud à Bastia, au Nord à Lens, à l’Ouest à Rennes ou à l’Est à Metz, c’est la même partie de pousse-ballon qui se joue avec les mêmes ingrédients  : aucune prise de risque, un déchet technique considérable, un climat délétère après chaque coup de sifflet de l’arbitre. Quand on entend Frédéric Antonetti, ex-entraîneur de Rennes, on ne s’étonne pas de la pénurie généralisée  : «  Si on veut marquer des points, il ne faut pas penser au jeu, il faut aller au combat, défendre son territoire, profiter d’une occasion pour marquer  ». Encourageant. Pierre Lechantre, qui fut pourtant un bon ailier gauche à Laval du temps béni de Michel Le Milinaire, aujourd’hui entraîneur à la Direction Technique Nationale, en rajoute une couche  :  «  Je m’occupe de faire passer les diplômes pour devenir entraîneur dans une équipe professionnelle. Si Bielsa se présentait demain, je le recalerais, son football est trop offensif  ». Il vaut peut-être mieux entendre ça que d’être sourd mais ça fait mal aux oreilles. Lechantre congédiant Bielsa, c’est le monde à l’envers, un peu comme si une chanteuse de télé-crochet licenciait Léo Ferré au motif qu’elle ne saisissait pas ses textes. Ces prises de position d’Antonetti et de Lechantre, avouons-le, nous ont choqué et même interloqué car ils ont une idée du football qui nous déroute. Alors que tout le monde essaie de se donner une image un peu conquérante pour exporter son football afin d’en recueillir des droits télé, comment le foot français peut-il accepter sans broncher des parodies de match où on lève les bras quand on à fait 0-0  ? Comment le président de la L.F.P, Frédéric Thiriez, peut-il fanfaronner que «  le suspense de la Ligue 1 en fait un grand championnat    » ?
Voilà pourquoi ces équipes de milieu de tableau, lorsqu’elles se qualifient de temps à autre pour la Ligue Europa, tremblent et perdent quand elles vont en Azerbaïdjan ou à Chypre. Mais comme tout le monde est content comme ça, pourquoi voulez-vous que ça change  ?